Empathie II

J'ai déjà parlé d'empathie sur ce blog. J'ai déjà dit que je suis trop sensible sur certains sujets, notamment lorsqu'ils passent aux informations. C'est peut-être la même empathie, et cette même empathie qui frappe encore aujourd'hui.

Pour une raison obscure, lorsque je lis ou que j'entends quelque chose, je me projette immédiatement dans la situation, comme pour la ressentir de l'intérieur.

Je ne suis pas une personne rationnelle, contrairement à ce que peuvent laisser penser les apparences. En réalité je suis très intuitive, je ressens les situations et ma réponse est complètement instinctive. Comme je disais déjà à l'époque de la prépa, « c'est juste que j'ai un instinct qui sait résoudre les problèmes de math' ».

Le problème de l'intuition, de l'instinct et de toutes ces choses irrationnelles, c'est que justement, elles sont irrationnelles. Elles ne se contrôlent pas. Elles ne se raisonnent pas.

J'avais décrit dans L'info', c'est hard à quel point je suis sensible à la question du viol. Même lorsqu'il s'agit d'un viol fictif et décrit de manière très elliptique, comme dans Les enfants de l'Ô, ça me touche très profondément.

La rupture d'une liaison amoureuse, même lorsque je n'en sais pas grand chose, est un autre sujet qui me touche énormément, et c'est lui qui est à l'origine de mon article Nat découvre l'empathie....

Ce soir, j'en ai découvert un autre, qui me touche aussi déraisonnablement. Alors que j'étais tranquillement en train de coder, je vois l'adresse de ce blog, que je vais visiter. J'aurais peut-être eu moins mal si je m'étais jetée par la fenêtre.

C'est vrai qu'aujourd'hui la journée ne démarrait pas super-bien. J'ai peut-être comis une erreur fondamentale d'attribution en pensant que cette journée de vacances sans mon Arbiter est dû à quelque chose que j'ai mal fait. Comme me le disait si bien Cinnamon, je me fais sans doute du mouron pour rien. Sauf que voilà, je n'ai discuté qu'après être sortie du lit, où j'ai passé tant de temps à pleurer si peu à dormir.

Ce soir, j'étais très fatiguée, j'arrivais péniblement à jouer, et j'étais partie pour me coucher tôt. Je n'aurais pas dû faire cette dernière retouche à mon générateur de fil ATOM pour les commentaires.

Je n'arrive plus à fermer les yeux sans imaginer la scène. Je n'arrive plus à penser à autre chose que l'incroyable souffrance de l'auteur de ce blog. Je n'arrive plus à calmer suffisamment mes pensée pour trouver le sommeil.

Je ne suis toujours pas plus avancée que fin juin dernier. Je ne sais toujours pas si c'est vraiment ça que l'on appelle l'empathie, ou si c'est seulement une sorte d'identificaiton comme lorsque je lis une fiction. Ou peut-être que cette identification, c'est justement de l'empathie.

Je ne sais pas si j'ai mal parce que j'imagine les émotions décrites, ou parce que j'imagine mes émotions dans une situation similaire (sauf que le passage à l'acte suicidaire, moi j'en serais capable), ou parce que j'imagine la souffrance que je provoquerais en étant coupable dans une situation similaire (même si je me sens incapable de le faire (quoique, je ne me ferais pas confiance là dessus si je suis sous l'emprise de l'alcool ou d'un truc du genre)).

Je dois quand même avouer que contrairement au viols des info', cette fois-ci je suis copieusement plus dévastée que lorsque j'ai lu une situation similaire dans Les enfants de l'Ô. Peut-être parce que le roman suit le point de vue du coupable, alors que le blog celui de la victime. Peut-être que l'infidélité masculine me choque moins que l'infidélité féminine (les gens du sexe opposé sont toujours moins fiable, pas vrai ?). Ou peut-être tout simplement que le talent de Ness n'arrive pas à être aussi chargé en émotions qu'un témoignage direct à chaud.

Ou alors peut-être que je suis juste une chienne égoïste qui attrape le moindre prétexte pour se rendre malheureuse toute seule, dans l'espoir d'être câlinée ? Ça n'a pas l'air de marcher des masses.

Écrire un article comme ça où j'essaye de chercher le pourquoi du comment permet de rationnaliser un peu la chose, et du coup ça fait moins mal, ça devient plus tangible, ça transformerait presque le monstre immonde et affreux de la réalité en une simple suite de faits. Ça pourrait marcher, si je n'avais pas dans une autre fenêtre cette série d'articles à laquelle je reviens trop souvent pendant la rédaction de cet article. J'en suis désolée, mais je crois que je ne vais pas avoir la force de rattraper ce blog avant un bon bout de temps.

Au final, je suis seule dans mon appart', comme d'habitude, à verser des larmes, comme trop souvent, en sachant pertinemment que c'est complètement inutile, comme à chaque fois. Juste que là ces larmes ne sont pas pour moi.

Monde de merde.

Publié le vendredi 4 janvier 2008 à 4:06.

Catégories : Moi Noir

Commentaires

1. Le samedi 5 janvier 2008 à 17:49, par simon :

tout d'abord, merci de ta culture, j'ai appris ce qu'était une "erreur fondamentale d'attribution". je tâcherai de le ressortir au café lundi avec les collègues, ça fera genre style.

comme d'hab, je vais tenter de réfréner l'envie que je ressens de réfuter point par point tout les "arguments" que tu utilise pour te dévaloriser. disons que je commence à me lasser de ce petit exercice que je répète inlassablement (et ennuyeusement) auprès des miens.

je me contenterai donc de remarquer que d'après ce que je comprends de ton écriture précise, lucide et nombriliste à en donner mal aux cervicales, tu constates que tu es un être humain, c'est à dire une personne sensible, et que tu en es bien embêtée. c'est super (plus précisément c'est tellement du vent que j'ai peur que tu t'enrhume à brasser autant d'air), mais je crois que tu pourrais utiliser ta très belle faculté de reflexion - je suis sincère - à autre chose de plus contructif...

à mon très humble et changeant avis, le sens de la vie, dont l'absence te fais souffrir (détrompe moi), n'est pas fourni avec la dite vie. c'est toi qui le crée. en fait je pense même qu'il n'existe que dans ta tête. comment le faire apparaître, je suis d'avis que ça ne peut être que dans l'action, et certainement pas dans le constat, stérile, pour ne pas utiliser les qualificatifs plus durs que m'inspire ta paresseuse conclusion.

2. Le dimanche 6 janvier 2008 à 15:18, par Natacha :

Je ne suis pas sûre d'avoir très bien compris ce commentaire, il me donne l'impression d'être passablement déconnecté de l'article ci-dessus. Je vais quand même essayer d'y répondre le mieux possible.

Il se trouve que pour une raison obscure je m'intéresse aux biais et autres erreurs de pensée ou de logique, et c'est comme ça que je suis tombée sur des choses comme l'erreur fondamentale d'attribution, l'apophénie et le biais de confirmation, le biais de sélection (omniprésent dans la recherche autour de moi), les sophismes, etc. Les connaître aide probablement à les identifier, mais j'ai bien conscience que je peux encore en être victime.

Je ne vois pas où il est question de me dévaloriser, et je ne vois aucun argument qui iraient dans ce sens dans cet articles. La seule chose qui me donne l'impression de pouvoir faire penser à de la dévalorisation, c'est mon (petit) paragraphe où j'envisage la possibilité que cette tristesse ne soit qu'une mise en scène inconsciente pour attirer l'attention des autres.

Pour ce qui est de brasser de l'air avec cet article nombriliste, il me semble quand même que la conclusion est un brin plus informative que « je suis un être humain », parce que j'ai l'audace de penser que ce n'est pas une réaction normale pour un être humain quelconque de passer la nuit à pleurer après avoir lu le récit d'une infidélité contre quelqu'un que je ne connais pratiquement pas. Alors dans cette situation, quelque chose de plus constructif que se calmer dans l'espoir de pouvoir dormir un peu (chose à laquelle cet article a probablement contribué), je ne vois pas...

Quant au sens de la vie, je ne vois pas quoi dire, je n'ai absolument aucune idée de comment on peut arriver à ça en partant de mon article. Cela étant, le « sens de la vie » me semble être quelque qui se situe à une échelle temporelle beaucoup longue qu'une nuit de larmes, qu'une lecture de blog, ou qu'une infidélité.

3. Le mercredi 16 janvier 2008 à 18:22, par Roman Age :

Ce qui est etonnant avec l'empathie, c'est que c'est imprevisible, ca frappe sans crier garde et sans aucune explication. Pourquoi est-ce que telle info ou telle histoire de fiction resonne plus que d'autres, pour parfois prendre le control total de l'esprit... il y a un tableau quelque part aux Pays-Bas, dans un musee, qui m'a rendu malade, et dont la simple pensee ne provoque meme pas de la revolte, mais juste un degout physique tellement profond encore aujourd'hui. Et recemment, une info survenue en Angleterre, pire qu'atroce, mais qui curieusement n'a fait que quelques lignes dans le journaux, peut-etre est-ce trop horrible pour qu'ils en parlent, et cette absence de details est pour moi un vrai repit, j'imagine que je ne suis pas le seul a preferer le silence. Mais de facon generale, et bizarrement, j'ai remarque qu'avec l'age (pour moi en passant la trentaine), je ressens moins souvent ce type d'empathie tres forte comme dans ces deux exemples.

4. Le vendredi 11 avril 2008 à 8:27, par christ :

je ne savais pas qu'il y avait autant de personne toucher par cette malédiction.Par ce que pour moi s'en est une.Je ne peu plusregarder la télé que ce sois les information ou mème les film et que les histoire finisse bien ou pas c'est pareil.l'orsque je sors de la maison pour aller a l'école ammener mes enfant je ressant en les regardant les soucis de certaine personnes.Si mes amie me parle de leurs problème,mème si j'essaie de ne plus y penser après,je rammene tous ça chez moi et ça perturbe beaucoup mon cotidien par ce que je vie avec se que j'ai vu et ce que j'ai entendu.C'est une situation horrible a vivre car ma fmille en paie les frais.Jai du mal a vivre avec tout ça dans ma tète et j'en vient a avoir une incompréhension du monde et de le souffrance qu'il me fais ressentir.Jetient le coup pour mes enfants pour le moment,mais c'est tellement lourd et tellement douloureu, d'autant plus que personne dans mon entourage ne peu comprendre ce que je ressent.ça ma fait un peu de bien d'écrire toutça?

5. Le mardi 15 avril 2008 à 8:06, par Cyrille999 :

L'empathie, vaste débat.

Et tu empathes; Je ne sais. Ca serait intéressant que nous puissions en parler et faire des expériences. Et il n'est pas dit que les autistes ne soient pas empathes...Une simple observation, des interactions avec des personnes et pas d'autres preuvent montrer, au contraire, qu'ils seraient des SUPER EMPATHES.

Ce qui expliquerait leur difficulté à rentrer dans le monde, car trop douloureux, trop chargé émotionnellement, submergé par les forces en tout genre !

Si TU IMAGINES, tu n'es pas empathe. Si tu ressens comme je suis, à travers mes mots, tu es EMPATHE. Tu me diras ce que tu ressens, sur les lectures de mon web, je te dirais si tu es EMPATHE, ça m'intéresse vivement !

Prends soin de toi,
Cyrille

6. Le mardi 15 avril 2008 à 11:03, par Catioucha :

"Ce qui expliquerait leur difficulté à rentrer dans le monde, car trop douloureux, trop chargé émotionnellement, submergé par les forces en tout genre !"

Je trouve ça plutôt bien vu... Après je ne connais pas assez bien ce domaine pour juger de la pertinence de cette remarque, mais a priori ça se rapproche de ce que je me disais.

Pour ma part je pense que plus qu'imaginer ce que les autres ressentent, il s'agit aussi parfois de se projeter soi dans ce qu'ils vivent, et donc ce ne serait pas vraiment de l'empathie au sens premier mais plutôt une projection avec tout ce que ça suppose de perception purement subjective des choses : on se projette dans la situation et on la ressent avec son propre regard... Imaginer ce qu'éprouvent les autres ça me semble encore trop limité... trop extérieur...

C'est en fait un pas entre l'empathie et la sympathie, une zone intermédiaire, non ?

Copyright © 2007-2008 Natacha Kerensikova

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