Fatiguée

Il y a des moments dans la vie où ça veut pas. À peine je commence à sortir à peu près de ma dépression, que je tombe dans une fatigue chronique très pénible, qui m'a pourri mes vacances chez mes parents et qui ne veut pas me quitter depuis.

Petit rappel des faits, pendant ces vacances je tournais à entre 12h et 14h de sommeil la plupart des nuits, et j'étais encore toute fatiguée pendant le peu de temps que durait ma « journée ». D'aucuns m'ont dit que c'est normal parce que je dors trop, j'avais aussi fait quelques nuits à 7-8h de sommeil, et ça a plutôt empiré ma fatigue.

On m'a aussi dit que, les vacances c'est fait pour se reposer, donc c'est normal de dormir plus. Jusque là je suis d'accord, sauf qu'il s'agit de pouvoir dormir plus et utiliser cette possibilité, alors que dans mon cas il s'agit d'avoir besoin de dormir plus ; et ça n'explique pas non plus pourquoi je suis encore fatiguée après.

Mais la plus forte démonstration que ces derniers ont tort, c'est que ça fait maintenant trois semaines que j'ai repris le boulot, avec le rythme qui va avec, et il n'y a aucun signe d'amélioration.

Que ce soit pendant les vacances ou pendant le travail, personne ne semble prendre au sérieux cet état de fatigue qui m'inquiète vraiment. Personne sauf Ness, pour laquelle je suis copieusement super-inquiète, et dont les problèmes ont aussi commencé par une fatigue chronique.

Tous les spécialistes dont je subis les sévices ne voient pas comment ça pourrait être de leur faute. Mon médecin généraliste, au demeurant fort sympathique, ma fait faire une analyse de sang. Tous les résultats sont dans la fourchette de normalité, donc je vais bien.

Pour mon psychiatre, c'est très clair : cette fatigue c'est seulement un symptôme de ma dépression. J'ai le moral au beau fixe, et j'ai vraiment envie de faire tout plein de trucs, mais je suis en dépression, logique. Parce que le symptôme le plus courant c'est l'apathie, le moral à zéro et l'envie de rien, mais certaines dépression n'ont pas ce symptôme. Et le fait que je n'avais aucune fatigue pendant ma vraie dépression, que la fatigue a commencé au moment où les antidépresseurs étaient censés commencer à agir, et que ces antidépresseurs ne semblent pas avoir d'effet sur la fatigue au bout de huit semaines, sont discrètement planqués sous le tapis. Il a beau affirmer ça avec un super-aplomb, ça ne me convainc pas vraiment.

Je pense que le fond du problème, c'est que la fatigue ça ne se mesure pas. Si je débarque chez le médecin avec une super-hypotension, il va prendre son tensiomètre avant de constater par lui-même que c'est incroyable que je tienne encore debout, et là il va vraiment faire quelque chose. Si je dis que je suis tout le temps super-fatiguée, au moins le médecin va me croire sur parole, mais ce n'est pas un fait objectif.

Si on m'avait trouvé une carence ou un excès de quelque chose, bref quelque chose de mesurable dans ma prise de sang, j'imagine qu'il y aurait eu nettement plus d'acharnement pour trouver le pourquoi du comment, et surtout pour trouver une solution. Alors que là, il n'y a rien dans la prise de sang, la médecine ne peut plus rien faire pour moi. In the end, you're always by yourself, you're all you've got disait Whistler.

J'ai lu quelque part qu'une des grandes choses que la médecine occidentale a à apprendre des médecines traditionnelles, c'est écouter le patient. Parce que même si le patient n'a pas fait de thèse de médecine, c'est quand même lui qui est le mieux placé pour savoir où et comment il a mal. Et si moi je dis que je suis super-fatiguée et que j'ai froid, c'est qu'il y a un truc qui tourne pas rond quelque part. Attendre tranquillement que ça finisse par passer n'est pas une option que je trouve satisfaisante.

Il y a en plus avec cette fatigue, cette sensation de froid et ces maux de tête, des soucis de mémoire qui ont débarqué. Genre je me lève pour aller faire quelque chose, mais j'oublie quoi avant d'y arriver. Ou alors je n'arrive pas à me souvenir si j'ai fait telle chose que j'aurais dû faire dans les heures qui précèdent. Ou alors je n'ai aucune idée de qui est venue telle idée dans une conversations quelques jours plus tôt. Ou alors, et c'est ça qui me gêne le plus, j'oublie de faire des trucs routiniers, comme prendre mes médicaments ou envoyer un mail à un ami.

Ou alors, en deuxième position de ce qui me gêne le plus, ça démolit complètement mon efficacité à programmer, ce qui est la seule chose que je sais faire à peu près correctement. C'est dû à ma façon particulière de coder, je mets tous les concepts impliqués dans ma tête, et je les manipule de tête, jusqu'à avoir dans ma tête un chemin clair de la marche à suivre par le programme. Si d'un coup un des concepts disparaît dans l'oubli, ou s'il est modifié sans que je le remarque, comment est-ce que je peux coder correctement ? Demandez à un programmeur comment il fait lorsque la mémoire est défectueuse, il répondra qu'il demande aux responsables hardware de la changer. Mais pour moi, les responsables hardware ne voient pas de problème.

Comme le disait si bien Ernest Hemingway pour expliquer son suicide, ça fout en l'air mon boulot.

Publié le lundi 17 septembre 2007 à 12:04.

Catégorie : Moi

Commentaires

1. Le lundi 17 septembre 2007 à 14:31, par Cinn :

Je ne sais pas quelles sont tes habitudes à ce sujet, mais tu as essayé des médecines alternatives, type homéopathie ?

2. Le lundi 17 septembre 2007 à 14:31, par Sybevzbaq :

Aucun mot n'a été oublié dans cette rédaction. C'est déjà ça.
(Ou alors, c'est que ma migraine est tellement forte que je lis ce que je veux et pas ce qui est écrit.)

3. Le lundi 17 septembre 2007 à 19:26, par _FrnchFrgg_ :

Je vais te conseiller un truc, moi: change de médecin.

Sans rire, tu veux qu'on te prenne un RDV avec notre médecin (il est tellement bien que des gens viennent de St étienne, voire plus loin pour le voir, surprenant, hein) ?

Décidément, ce WE va être tellement rempli que tu en auras pour 15 jours.

[ En fait, c'est peut-être pas une si bonne idée, parce que sans idée du dossier, sans possibilité de te revoir, il ne pourra sans doute pas faire grand chose, mais bon, c'est vraiment le genre de médecin qui ne lâche pas le morceau tant que tu dis que ça ne va pas. Ce qu'il faudrait, c'est envisager avec le médecin une diminution progressive des antidépresseurs, ou un changement de type, pour voir. Mais décider que ce n'est pas eux sans essayer, c'est un peu faire passer sa fainéantise avant la santé de sa patiente (toi). Enfin, jdisajdirien, hein... ]

4. Le lundi 17 septembre 2007 à 19:27, par _FrnchFrgg_ :

Ah oui, et tu sais ce que je pense de l'homéopathie et de la prfft mémoire de l'eau.

5. Le lundi 17 septembre 2007 à 22:11, par Natacha :

Cinn, je n'ai rien essayé du tout dans l'alternatif, parce qu'effectivement je n'en ai pas l'habitude. J'ai tendance à penser comme _FrnchFrgg_ pour l'homéopathie ; mais franchement au stade où j'en suis, je n'ai plus aucune conviction scientifique, je veux juste que s'arrête, peu importe si c'est de l'homéopathie ou du vaudou.

Sybevzbaq, c'est vrai que c'est plutôt rare que j'écrive un texte sans qu'il manque des mots, voire des phrases entières, surtout en ce moment. Peut-être que celui-là est une exception parce qu'il a été rédigé un matin (sur mon lieu de travail, heureusement que mon chef ne lit pas ce blog /o\), donc j'avais encore un soupçon d'énergie.

_FrnchFrgg_, je trouve aussi qu'ils baissent un peu vite les bras tous ces médecins, mais ça ne me surprend pas tellement pour les raisons évoquées dans cet article. Effectivement le médecin sur Lyon ce n'est pas forcément une super-idée, quoiqu'il n'en connaît pas moins que ma généraliste lorsque je suis allée la voir pour ça. Peut-être essayer de négocier une analyse de sang plus poussée que ce que j'ai eu (notamment ça manque de vitamines à mon goût), mais bon...

6. Le lundi 17 septembre 2007 à 22:24, par Ness :

Bon, je viens mettre un peu mon grain de sel, car je suis sans doute la personne la mieux placée pour en parler.
Première chose : vire-moi ce psy de merde !!! Mince, quoi ! Le mien est génial, il me prend vraiment au sérieux, c'est lui le premier à avoir dit que mon problème n'était peut-être pas psy, alors que franchement, il pourrait s'en foutre et s'en mettre plein les poches !
Pour ta généraliste, demande-lui la B12. Dis-lui que c'est un ordre de ma part.
Non, mais t'imagine ? Si on a toutes les deux chopé un virus ou quelque chose... Merde, quoi, on a les MEMES symptômes, à peu de choses près.
Ok, le Séroplex, paraît que c'est génial et tout et tout et tout. On disait ça aussi de l'Implanon il y a quelques années, on a vu le résultat (une vraie cata).
Comme c'est étonnant... il est écrit sur la notice : "peut provoquer fatigue, vertiges". Ok, ce n'est pas la règle, mais... si c'est marqué, c'est qu'ils ont déjà eu des cas, et pas qu'un seul.
Cela dit, cela fait une semaine que j'ai changé de médoc et la fatigue est toujours là.

La plupart des gens avec un problème de thyroïde ou un problème de fatigue chronique sont diagnostiqués dépressifs, parce que c'est plus simple de leur coller cette étiquette plutôt que de chercher plus loin. Mon médecin m'a dit que, parfois, tout avait l'air normal au niveau de la thyroïde, mais les patients avaient les symptômes d'une hypothyroïdie (ou hyper, je ne sais plus). En leur donnant de très petites doses de TSH ou de T4 (je ne me souviens plus, c'était une conversation vite fait), leur état s'améliore et les symptômes disparaissent.

Tout n'est pas diagnosticable par les prises de sang.

Pour ma part, je me traîne avec une tension à 10-6, et la réaction de mon médecin, c'est effectivement : "comment vous tenez debout comme ça !"
Mon généraliste pense que j'ai deux problèmes : la dépression (ce qui reste encore à prouver, vu que j'en ai les symptômes mais que le traitement est inefficace), et un autre problème, qui cause la fatigue chronique.

Est-ce que ton GP a regardé le foie ? Le B12 ? La thyroïde ? Les folates ? Tu pourrais me scanner tes résultats de prise de sang, en fait ? ça m'intéresserait de pouvoir y jeter un oeil...

Bon, je me rends compte que j'aurais peut-être dû dire tout ça par mail, mais il y a des choses comme les psychiatres cons et butés qui m'énervent trop pour que je me contienne.

7. Le vendredi 8 février 2008 à 20:21, par Elise :

Je suis exactement dans le meme casque toi, avec en prime 10 de tension assise et 8 debout (hypotension orthostatique) et la seule conclusion est que je déprime alors que tout va pour le mieux !!

8. Le samedi 9 février 2008 à 16:22, par Natacha :

Elise, si tu es exactement dans le même cas que moi, ce qu'il s'est passé depuis cet article peut t'intéresser : je suis convaincue que la fatigue chronique évoquée ici était causée par les antidépresseurs, parce qu'elle a mystérieusement disparue lorsque j'ai enfin pu arrêter. L'hypotension orthostatique est aussi un effet secondaire connu de ces antidépresseurs, mais comme moi j'ai la (mal)chance d'avoir naturellement de l'hypertension, ça a juste rendu ma tension normale et je n'en ai pas souffert.

Pour ce qui est de déprimer alors que tout va pour le mieux, j'ai tendance à penser que c'est possible. Bon, c'est vrai que dans mon cas, tout est loin d'aller pour le mieux, mais c'était aussi moche avant ma dépression, et c'est encore presque aussi moche, pourtant j'en suis sortie. Ce que je veux dire, c'est que parfois tout peut avoir l'air d'aller pour le mieux alors que c'est juste une jolie façade qui cache une pourriture abominable.

Cela dit, du peu que j'en ai vu je trouve que la dépression est effectivement trop souvent utilisée pour expliquer tout et n'importe quoi. Une sorte de solution de facilité pour ménager l'orgueil du médecin qui n'a pas la décence d'avouer qu'il ne sait pas.

Quoi qu'il en soit, sur les questions de santé je suis d'accord avec l'avis que tu as donné à google pour arriver ici : attendre tranquillement n'est pas une option.

Copyright © 2007-2008 Natacha Kerensikova

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