Il pleure dans mon cœur

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;

Il arrive parfois que des phrases issues de mon passé débarquent dans ma tête comme ça, sans crier gare, et sans contexte. Par chance, les moteurs de recherche sont très efficaces pour recoller les morceaux, et j'ai pu trouver sans difficulté le reste du texte et son auteur.

Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?

Mais au fond, ce qui est vraiment important n'est pas donné par le moteur de recherche : quand est-ce que j'ai appris ce poème ? Dans quelles conditions ? Qu'est-ce que je ressentais à ce moment là ? Est-ce que j'étais alors autant en phase avec ce texte que je le suis aujourd'hui ? Est-ce que je ressentais au moins quelque chose de plus l'obligation d'accomplir un devoir de plus ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !

Et pourquoi j'y repense aujourd'hui ? Est-ce que c'est seulement avec la pluie battante qui remplit la troisième partie de Tout ce vert ? Ou bien est-ce qu'il y avait enfoui quelque part, au plus profond de moi, le sens de ce texte ?

Pour un cœur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie !

La mémoire est une chose étrange, elle peut faire ressortir des images sans la moindre émotion, au point de se demander s'il y avait vraiment de l'émotion à l'époque ; et elle peut faire ressortir des émotions sans rien lâcher de l'image ou du texte qui va avec, au point de se demander si ça avait été oublié ou pas.

Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s'écœure

Car ce poème dont la première ligne m'est revenue comme ça, décrit dans son texte quelque chose de tellement proche de ce que je ressens en ce moment que j'ai du mal à croire en une coïncidence.

Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.

Je ne sais pas ce que Paul Verlaine avait derrière la tête avec ce poème, je ne sais même plus s'il y avait une étude de texte en même temps que le probable apprentissage qui me l'a gravé dans la tête. Mais je sais que ces mots tombent exactement sur ce que je vis : de la tristesse, de la douleur même, des idées noires, mais sans avoir le moindre pourquoi à mettre dessus.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi

En fait il y a quand même des pourquoi superficiels, par exemple l'autre jour apprendre que dans le jeu Eve Online, mon vaisseau préféré, mais dans les circonstances actuelles complètement inutile, est indisponible pour deux semaines. Ce n'est pas le genre de choses qui est censé effondrer complètement une personne et la laisser en pleurs (même si je l'aime quand même beaucoup (trop ?) ce Cheetah). Il y a donc quelque part un pourquoi plus profond qui attrape le moindre prétexte pour laisser libre cours à sa fureur dévastatrice. J'aimerais bien savoir quel est ce pourquoi, même si on ne peut rien faire contre, juste pour avoir quelque chose de tangible à quoi m'accrocher.

Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !

C'est quand même moche de se retrouver dans des états comme ça sans avoir la moindre once de début d'ombre d'éventuel espoir d'esquisse d'explication. Donc il ne reste que la solution chimique, on tripote un peu le cocktail pharamaceutique en espérant que ça arrange les choses. Pas très satisfaisant, tout ça…

C'est moche, la vie.

Poème : Paul Verlaine, Il pleure dans mon cœur, dans Romances sans paroles

Publié le lundi 9 juillet 2007 à 11:16.

Catégorie(s) : Moi

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