Je n'ai pas voté

J'ai préféré ne pas le dire trop il y a quelques mois, lorsque le buzz était à son comble, mais je vais le dire aujourd'hui, parce que le clin d'œil de l'actualité est trop beau pour le raté. Voilà, je n'ai pas voté aux élections présidentielles. Aux élections législatives non plus, d'ailleurs.

Les élections présidentielles

Alors que le buzz présidentiel battait son plein, j'aurais été lapidée si j'avais crié haut et fort que les urnes se passeront de moi.

Parce que voilà, quelque chose d'aussi important qu'un vote, je ne vais pas m'écarter des convictions. Et en l'occurence, mes convictions se résumaient à « Je sais que je ne sais pas. » Et j'en ai rien à faire que les autres ne partagent pas cette attitude. C'est moi que je vois le matin dans le miroir, et c'est selon ma conscience que j'agis.

Il y a des moments où je me demande si je suis la seule à avoir reconnu le buzz et plus généralement l'écran de fumée médiatique qui a entouré cette campagne. J'essaye de me dire que non, mais ce n'est pas facile.

La seule certitude que j'avais, c'est que ce n'était pas un bon plan de laisser passer le candidat UMP. J'avais cette certitude depuis janvier 2006, lorsque j'ai vu au journal de 20h son expression faciale au moment où il disait « 2006 sera une grande année... mais ce n'est rien par rapport à 2007 » pendant ses vœux au parti.

Sauf que voilà, dans une élection comme ça, on ne demande pas « Est-ce qu'il faut laisser passer telle personne ? » La question est « Quelle est la meilleure personne pour tel poste ? » Et ça, ça change tout. En termes scolaires, ce n'est pas un examen, c'est un concours. En termes concrets, peut-être que le candidat UMP était le moins mauvais pour ce poste.

Donc pour voter selon mes convictions, en mon âme et conscience, il faudrait que je mette un bulletin blanc dans l'urne. Alors c'est vrai qu'on pourrait me reprocher mon manque de culture politique, qui m'a conduite à cette conviction. Mais voilà, la politique, ça ne m'intéresse pas vraiment. Surtout avec la peoplisation de la politique.

Sauf que voilà, s'il y a une chose que je déteste, c'est qu'on me prenne une pour une conne. J'ai dû hériter ça de mon père. Et avoir mon vote blanc compté avec le vote nul des imbéciles qui n'ont pas compris la procédure de vote, ça me met hors de moi. Alors je préfère être comptée parmi les abstentionnistes plutôt que parmi les imbéciles qui ne savent pas voter, quitte à être insultée et lapidée.

Six mois après

Et aujourd'hui, où sont-ils tous ces gens qui m'auraient lapidée au nom de la démocratie ? Ils sont en train de faire la grève et/ou de manifester. Ça aussi c'est un devoir civique ? C'ette vaste blague.

Parce que leur chère démocratie là, c'est donner le pouvoir au peuple. Mais comme ce n'est pas faisable logistiquement, on donne le pouvoir à des représentants du peuple. Ces représentants sont choisis démocratiquement, chez nous peut-être plus qu'ailleurs, parce que c'est au vrai suffrage universel direct.

Et on a le peuple, la majorité des français qui ont donné leur avis, qui ont donné le pouvoir à une certaine personne, qui occupe aujourd'hui la fonction de Président de la République. Cette personne a été choisie selon un programme et des promesses électorales.

Si cette personne avait fait autre chose que suivre son programme et ses promesses, on aurait pu considérer qu'il y a une forme de rupture de contrat, mais à ma connaissance ce n'est même pas le cas ici.

Il m'est arrivé plusieurs fois de dire : « On savait à quoi s'attendre en votant Sarkozy. » Et à chaque fois on m'a corrigée avec quelque chose du genre : « Non. On savait à quoi s'attendre quand ils ont voté Sarkozy. » On croirait une équipe sportive, en cas de victoire on a gagné et en cas de défaute ils ont perdu. Mais ce n'est pas comme ça que ça marche. Ils sont la majorité des électeurs français, et donc d'après votre chère démocratie, ils représentent tout le peuple français. Donc nous avons élu Sarkozy.

Donc ces gens qui râlent, qui font la grève et qui manifestent, ils sont en train de se lever contre un représentant du peuple choisi par le peuple. C'est donc contre ce que le peuple a fait de son pouvoir qu'ils se lèvent. Ils sont donc en train de se lever contre la démocratie. J'peux avoir une 'tite pierre, dites ?

Parce que bon, il ne faut pas perdre de vue que ces gens, ils ont beau gueuler fort, ils restent électoralement une minorité. Donc par principe de votre merveilleuse démocratie, ils n'ont pas de légitimité.

Et quand même bien même 70 % des électeurs seraient aujourd'hui dans la rue, ça n'aurait toujours pas de légitimité à mes yeux. À votre avis, pourquoi est-ce qu'on s'embête à faire un vote anonyme à bulletin secret avec l'isoloir et tout le bazar ? Parce que comme je l'ai dit dans mon aide sur le tripcode, l'anonymat est le seul moyen de garantir la liberté d'expression. En particulier dans la politique, comment voter en son âme et conscience si on est déshérité à partir du moment où on vote à gauche ? Ces gens qui manifestent ne sont pas anonymes. Ces gens qui font la grève non plus. Il y a de la pression de groupe là dedans.

Tiens bon Sarkozy

J'ai déjà dit ce que je pensais de Nicolas Sarkozy en tant qu'être humain, si ça ne tenait qu'à moi il n'aurait pas une once de pouvoir. Mes intérêts personnels vont clairement en faveur des revendications. Je suis moralement et philosophiquement opposée à tout ce que j'ai pu voir de sa politique.

Et pourtant, aujourd'hui, il a mon soutien entier.

Je pense qu'il est assez clair dans cet article que je ne suis pas partisane de la démocratie. Je reconnais que je n'ai rien de mieux à proposer, mais en même temps je n'y ai pas beaucoup réfléchi et tout ce qui m'est venu rapidement à l'esprit n'est pas réalisable. Mais quand bien même j'aurais mieux à proposer, là n'est pas la question.

Je suis née en France et de nationalité française. Je ne l'ai pas choisi, c'est comme ça. Je vis en France, et on a un certain régime politique ici en France. On a une certaine forme de démocratie, soit, je me plie à ces règles, parce que c'est comme ça que la société française fonctionne. Il vaut mieux suivre de mauvaises règles que l'anarchie. Ce sont des règles du jeu, on peut les discuter, mais si on ne les respecte pas c'est le chaos.

Notre Président de la République a été élu légitimement selon les règles du jeu en vigueur dans notre pays. Il n'a même pas rompu à ma connaissance avec son image de candidat, donc on ne peut même pas invoquer la tromperie sur la marchandise.

Donc moralement je suis du côté de Sarkozy aujourd'hui. Je suis pas (ou plus) mauvaise joueuse.

Petite précision

Il est peut-être tentant de m'accuser de troller écrivant cet article. Si quelqu'un pense comme ça, qu'il vienne me le dire en face, je serai ravie de lui envoyer un grand coup de poing dans la pomme d'Adam de façon à ce que par réaction les muscles du cou se contractent et bloquent la trachée pendant potentiellement assez longtemps pour ce que ne soit plus utile de les décontracter après. Ce n'est pas démocratique, mais au moins ça coupe court au troll.

Ce blog n'est pas une démocratie, j'ai un pouvoir absolu sur tout ce qui est publié ici (il vaut mieux d'ailleurs, vu que j'en suis légalement responsable). Il n'y aura pas de troll, c'est garanti, j'enverrai personnellement toutes les remarques non-constructives au paradis des bits. Dans ma grande mansuétude je suis ouverte à la discussion et au dialogue, mais il ne faut pas abuser. Je suis complètement ouverte aux commentaires contenant un point de vue opposé au mien, tant qu'ils restent constructifs.

Merci de votre compréhension.

Publié le jeudi 18 octobre 2007 à 18:34.

Catégorie(s) : Actualité Diatribes

Commentaires

1. Le samedi 20 octobre 2007 à 16:01, par Olivier :

Bien le bonjour Nat !
Tout d'abord, c'est ma première visite et mon premier commentaire sur ce blog. En trois articles lus, j'ai pu en apercevoir un sur les statistiques, un autre sur le spam, et un troisième sur la politique, que de bons sujets !

Je suis moi-même partisan d'équilibrer les choses. Et il est fort possible que ça soit aussi le rôle de l'Etat. En effet, la démocratie nous propose d'élire nos représentants, mais pour des raisons évidentes, on ne peut pas les changer tous les jours. Et on ne peut pas demander du Président qu'il regarde chaque cas, particulier, pour adapter les lois à nos soucis.

C'est pourquoi existent les grèves, les manifestations, et l'Opposition : rappeler à l'ordre le gouvernement en place, pour qu'ils n'oublient pas que chaque citoyen doit être représenté, et que chaque loi doit être faite pour que personne ne se retrouve sur le trottoir, pour que personne ne soit privé de ses droits principaux : vie, santé, emploi.

Penses-tu vraiment qu'un pays sans opposition soit réellement démocratique ? Le peuple n'aurait plus aucun moyen de s'exprimer pendant x temps, et donc le pouvoir ne serait plus en temps réel entre ses mains. Il serait entre ses mains que tous les x années, au moment des élections...

Le problème, ce n'est donc pas la démocratie, c'est le moyen d'avoir une démocratie durable, et qui soit bonne à chacun.

(Ceci-dit, je **** les personnes qui m'empêchent de prendre le RER depuis plusieurs jours.)

2. Le vendredi 26 octobre 2007 à 9:53, par Natacha :

Bonjour Olivier, et bienvenue sur ce blog (ou ce qu'il en reste, à voir), avec toutes mes excuses pour la réponse aussi tardive.

Pour ce qui est de l'Opposition, et des contre-pouvoirs en général, je suis tout à fait d'accord sur le fait que c'est nécessaire au bon fonctionnement d'une société, et aussi en particulier d'une démocratie. Je dirais même qu'idéalement c'est ce qui garantit que le système ne va pas dériver vers quelque chose de pire qu'une démocratie.

Ce que je remets en cause, c'est la légitimité des manifestations et des grèves en tant que contre pouvoir. Si demain 18 % des électeurs étaient dans la rue, ce serait probablement la plus grosse manifestation de l'Histoire de nos républiques, et pourtant le principe même de la démocratie est de ne pas en tenir compte et de suivre l'avis des 82 % restants.

Mais indépendemment de la philosophie, ce que j'attaque surtout dans cet article c'est l'incohérence des « dogmes moraux » que l'on essaye de m'imposer : il faut voter parce que c'est un devoir citoyen, mais une fois que le vote a mis au pouvoir quelqu'un qui suit son programme et qui tient ses engagements, c'est un devoir d'aller à l'encontre de la démocratie en manifestant pour qu'il ne le fasse pas ; exactement comme il y a cinq ans, les manifestations contre quelqu'un qui est arrivé démocratiquement au second tour, et ces manifestations étaient bourrées de gens qui soutiennent que la démocratie est le régime ultime qui va sauver le monde.

Je respecte les convictions qui sont différentes des miennes, mais je ne respecte pas l'incohérence ni les contradictions.

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