Je veux toujours avoir raison

J'ai eu dans un ancien labo' une discussion plutôt houleuse (où j'écoutais nettement plus que je parlais, comme toujours) où j'ai eu droit à une bonne liste de tout ce qu'on me reprochait, de maniper comme une truie à toujours vouloir avoir raison. Ça m'a fait réfléchir, parce qu'effectivement, je veux toujours avoir raison, sauf pas dans le sens traditionnel, et en plus je considère ça plutôt comme une qualité.

Fondamentalement, avoir raison, c'est l'inverse d'avoir tort. Et avoir tort, c'est avoir une opinion qui est fausse. Mais à moins d'être dans la logique mathématique, ce qui est quand même plutôt rare, rien n'est vrai ou faux dans l'absolu. Donc avoir tort, c'est avoir une opinion qui est différente de la réalité ou de l'opinion de référence.

Donc dans une situation où on a tort, pour mettre fin à cette situation, il suffit de rétablir la cohérence entre sa propre opinion et la référence, donc changer l'un ou l'autre. Et c'est là que ce se trouve toute la subtilité.

Habituellement, lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il veut toujours avoir raison, c'est qu'il refuse de lâcher sa propre opinion et qu'il essaye de changer la référence. Le schéma « Je pense ça, donc j'ai raison, donc vous avez tort.

Je suis d'accord qu'il s'agit d'un défaut. Si on s'accroche à son idée envers et contre tout, on reste dans l'erreur quand la référence c'est la réalité, parce que la réalité ne se change pas comme ça. Et même lors que la référence est une opinion extérieure, c'est rarement une opinion personnelle, arbitraire et sans fondement. Donc je pense que dans la grande majorité des cas, refuser de changer son opinion c'est rester dans l'erreur. Donc peut-être que l'on gagne l'illusion d'avoir raison, mais fondamentalement on a quand même tort.

Personnellement je n'aime pas du tout avoir tort, et je fais tout mon possible pour avoir toujours raison. Mais je le fais en ajustant mon opinion à la référence, une fois que je suis convaincue de la validité de cette référence. C'est-à-dire que lorsque je me rends compte que j'ai tort, je change d'avis pour avoir quand même raison au final.

Cette volonté d'être toujours plus proche de la vérité, quitte à changer sa propre conception des choses, peut aussi se traduire par les mots « je veux toujours avoir raison ». Pourtant à mon avis cette quête de la vérité devrait être une préoccupation de toute personne sensée, quoique probablement pas à un point aussi maladif que moi.

La différence entre l'interprétation positive et l'interprétation négative de l'expression « vouloir avoir toujours raison » est que d'un côté il y a l'orgueil, la compétition, l'erreur et l'absence de progrès ; de l'autre il y a l'ouverture, la coopération, la vérité et le progrès. Les mêmes mots arrivent à désginer des concepts complètement opposés, tout comme les mots « hôte » et « amateur ». Une bizarrerie de plus dans la lange française.

Mais aux yeux des autres, la différence entre ces deux sens peut être assez ténue. Par exemple lorsque l'on est face à quelqu'un qui n'arrive pas à remettre en cause ces idées, ce qui m'est justement arrivé dans ce labo' : je sais que j'ai raison et que j'ai des éléments tangibles et solides pour soutenir mon avis, et en face j'ai quelqu'un qui a un avis opposé, sans rien de solide (sinon mon avis pourrait être altérée pacifiquement) mais qui ne veut pas le lâcher, malgré mes efforts pour présenter mes arguments.

C'est dans ce genre de situations que mon désir de vérité se retourne contre moi. J'ai progressé depuis, et je suis maintenant capable de faire semblant d'accepter le point de vue en face pour désamorcer une discussion qui ne mènera de toute façon à rien de bon, mais à cette époque, j'étais complètement incapable de renoncer à quelque chose qui me semble vrai et fiable sans avoir des arguments sérieux en face.

Avec le recul maintenant je me dis que ça aurait pu donner lieu à une bonne leçon de gestion des rapports humains pour moi, mais c'est arrivé à un moment où je n'étais pas encore réceptive. Je me demande si j'arriverai un jour à m'en sortir correctement avec les rapports humains, c'est tellement compliqué...

Publié le mercredi 29 août 2007 à 10:51.

Catégories : Boulot Moi

Commentaires

1. Le mercredi 29 août 2007 à 13:41, par _FrnchFrgg_ :

Moi on ne me dit pas "tu veux toujours avoir raison", mais plutôt "M. Je Sais Tout". Et même si étant jeune j'avais des fois des problèmes de tact de ce côté là, et qu'il doit bien rester des traces, ça m'agace énormément, parce que 19 fois sur 20, c'est justement quand qqun dit des énormités en se gargarisant de ses connaissances, et que je finis par apporter un petit brin de vérité (en prenant le plus de pincettes possibles, du genre "ah bon, tiens, je croyais avoir entendu que...", ça c'est ce que je ne savais pas faire avant).

Alors que la plupart du temps, si on me met la tête dans ma merde (et ça m'arrive plus souvent qu'à mon tour de dire des conneries), j'admets volontiers m'être trompé. Mais quand en face je n'ai que des "mais non c'est moi qui ai raison" accompagnés d'un refus catégorique d'appuyer cette opinion par des faits (ça m'est arrivé qu'on me dise de but en blanc "j'ai raison, je ne sais pas pourquoi, mais je sais que tu as tord"). Et après (le plus souvent dans mon dos) on me traite de "Je Sais Tout".

Mais si "je sais tout" comme ils disent, ou plutôt "je sais un petit peu sur pas mal de trucs", c'est peut-être parce que justement avant de parler, j'ai écouté ceux qui savaient ? Allez savoir...

Enfin, bienvenue au club, Nat.

A.S: Ce qui est intéressant à noter, c'est que quand toi et moi on restait des heures à discuter devant la bouche de métro à 2h du mat (au grand dam de nini qui aurait préféré que je passe ces heures là avec elle au lieu d'une jolie Natacha, même si c'était platonique), ou quand on parlait de la demoscene, pas une fois on s'est engueulé, ni vexé, même quand on était pas d'accord au départ (et il ne doit pas y avoir beaucoup de sujets sur lesquels on a fini toujours pas d'accord, dans mon souvenir du moins)
Si on était autant braqués et têtus et de mauvaise foi tous les deux, ça aurait clashé assez vite, non ?

2. Le mercredi 29 août 2007 à 22:19, par Natacha :

Merci beaucoup pour ce témoignage, du coup je me sens moins seule dans la série « j'essaye de faire profiter les autres de ce que je sais mais c'est mal pris » (parce qu'il me semble qu'au final c'est ça dans les deux cas). Je trouve que c'est dommage tout ce gâchis de facultés intellectuelles...

Effectivement, je crois que nos longues discussions ont justement été aussi intéressantes et aussi enrichissantes (du moins de mon côté) justement parce qu'on est tout les deux ouverts d'esprit et prêts à remettre en cause ce que l'on croit savoir au profit de connaissances solides. Il me semble que les seuls points de désaccord qui sont restés sont sur les goûts, qui justement n'ont aucune référence et aucune vérité (par exemple je suis toujours fan de pas mal de musiques de la demoscene et je n'ai rien contre pas mal d'arômes chimiques).

Et de toute façons, je pense que les bouches de métro sont vraiment loin d'être le meilleur endroit pour une relation non-platonique.

3. Le mercredi 29 août 2007 à 22:28, par Ness :

Moi je veux toujours avoir raison, et la plupart du temps, j'ai raison. (en fait, il faut dire que je n'impose mon avis que lorsque j'en suis 100% sûre, donc pas trop de risque).
Certes, il m'arrive parfois d'avoir tort, mais je prouve quand même aux autres que j'ai raison, parce que j'ai tort avec tellement de convictions qu'ils finissent par reconnaître que j'ai raison...
La seule personne avec qui ça ne marche pas, c'est mon copain, parce que lui aussi, il veut toujours avoir raison, et comble du comble, il n'a quasiment jamais tort. Et comme il sait tout sur tout, il ne me laisse pas le baratiner...
(au fait, désolée pour le skype de ce soir, mais j'ai été prise au téléphone avec Sof...)

4. Le jeudi 30 août 2007 à 18:30, par _FrnchFrgg_ :

Keuuuaaa ? Non seulement tu émessenne, mais en plus tu squaïpe ? Tu sais la VoIP, ça existe en moins çapucèpalibre, hein... D'autant que Skype, c'est légèrement du spyware, même sous Linux, cf les récents scandales — et en plus les développeurs skype ont décider de violer avec du verre pillé les interfaces/appels système (en particulier, ils utilisent DBus comme un socket).

Gna

</papyrâleur>

5. Le jeudi 30 août 2007 à 18:48, par Natacha :

Ness, je dois avouer que même si j'envie beaucoup ta capacité d'imposer ton avis (à tort ou à raison) avec aplomb, je trouve que ce n'est en général pas une bonne chose d'imposer son avis lorsqu'on a tort, fût-ce pacifiquement (tiens, j'ai un gros doute sur cette construction... j'ai bon ?). Cela étant, dans les situations où tu m'as décrit l'utilisation de ce "don", et plus généralement lorsqu'il s'agit de lutter contre quelque chose de peu argumenté, je n'y vois pas tant de mal. Par contre je suis plutôt révoltée par les cas l'erreur armée de moyens humains l'emporte sur la raison armée de la logique, et je serais un peu peinée de te savoir coupable de ce genre de choses.

_FrnchFrgg_, j'utilise Skype sous winwin, parce que ça juste marche, et parce que c'est ça qu'a mon interlocutrice. Par contre je dois avouer que je suis plutôt déçue de la qualité finale, parfois ça juste marche pas si bien que ça. Du coup je suis en train de tenter une conversion à TeamSpeak, sapupalibre aussi, mais je sais m'en servir et ça juste marche aussi (sous winwin comme sous ninux, d'ailleurs), et la pire qualité que j'ai entendue avec TeamSpeak n'est pas très loin de la meilleure qualité que j'ai entendue avec Skype.

Cela dit, si tu as mieux à proposer, pour ninux et winwin (voire MacOs aussi, mais je ne sais pas lequel et si c'est utile, à demander à Ness), et qui ne soit pas prise de tête à installer, configurer et utiliser, tu peux proposer, je suis toute ouïe.

6. Le jeudi 30 août 2007 à 19:09, par _FrnchFrgg_ :

De mémoire, je dirais "Ekiga". Bon, comme ça s'appelait "Gnome Netmeeting" avant, ça risque d'être la loose niveau Windows, et "Asterisk" (le leader en SIP) c'est un truc qui est intéressant pour au moins 10 téléphones/connections, sinon ça risque d'être usine à gaz.

Wikipedia (et mes souvenirs) me disent qu'il faudrait tenter du côté de WengoPhone, qui marche sous Linux et Windows.

En fait, à partir du moment où le protocole est SIP, ou H.nnn tu peux très bien ne pas avoir le même client de chaque côté... Skype n'utilise pas SIP mais un protocole proprio.

Du coup, ça ouvre la porte à Ekiga pour toi, et Gizmo Project ou Wengo côté Windows...

Il semblerait même (à confirmer, hein) que MSN saurait parler SIP (mais à tous les coups seulement avec un MSN au bout).

Sinon, http://en.wikipedia.org/wiki/Comparison_of_VoIP_software

Dommage, pour l'instant, personne d'autre que GoogleTalk (pas Linux), sait utiliser Jingle (la couche audio de Jabber).

7. Le samedi 8 septembre 2007 à 8:52, par Ness :

Héhé, t'inquiète pas, je reconnais aussi quand j'ai tort :) Mais la plupart du temps, les gens sont des quiches en argumentation, et ça me fait rire de leur faire douter. Après, je leur dis que c'est eux qui avaient raison, et ils n'en sont plus si sûrs ^^
C'est juste un petit jeu comme ça.
Et dans mon boulot, c'est archi nécessaire. Tu ne peux pas te permettre de montrer aux patients que tu doutes.

Copyright © 2007-2008 Natacha Kerensikova

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