Le Soleil est Noir

Il y a des moments dans la vie où on a l'impression d'être au plus bas. C'est généralement dans ces moments là que l'on se rend compte que ça peut encore être pire, avec la preuve par l'exemple.

Bel oiseau blanc du bout du monde,
Fils de deux muets, fils du pays,

Au début je voulais rédiger cette entrée plus symboliquement, comme mon autobiographie, mais de façon encore plus romancée, pour avoir une vraie histoire. Bref, quelque chose comme Cœur de métal, mais assez large pour être éventuellement réutilisé à l'avenir.

Rebelle semblant entre deux mondes,
Tir d'aile sanglant de quel pays ?

Malheureusement, même ça je n'y arrive plus. Alors j'utilise le thème de quelqu'un d'autre, que je ne pourrai pas réutiliser, mais peu importe. Ce titre résonne comme ce que je ressents en ce moment, donc autant faire une entrée normale sur cette symbolique.

Feu noir sur trois abers,
Sang noir sur dix estuaires,
Sept îles et fer en pluie.

Le 16 mars 1978, le supertanker Amoco Cadiz fait naufrage en libérant 223 000 tonnes de pétrole brut (environ dix fois l'Erika, qui parle peut-être plus à nos contemporains).

Battu de vent, flottant bastion,
Battu devant, flots, tourbillons,

Ce désastre écologique a inspiré la chanson le Soleil est Noir du groupe Tri Yann, qui mêle la description de la marée noire à la vision celtique de l'apocalypse.

Battu, battant sans pavillon,
Soleil levant, noir sans rayons.

Dans ma tête on dirait que c'est aussi l'apocalypse. Je ne sais pas quel supertanker a sombré en moi, mais où que je regarde, il ne reste que du noir. La plage est noire, la mer est noire, les oiseaux sont noirs, les nuages sont noirs, le ciel est noir, le soleil est noir.

Noirs l'eau, le feu, la terre,
Noirs de feu les deux airs,
Le vent, la brume aussi.

Pourtant hier en fin d'après-midi, j'avais l'impression que ça allait mieux. Je me disais que la pharmacologie avait enfin fait son œuvre, et que j'étais enfin assez propre pour pouvoir m'envoler. J'ai même commencé à réécrire la partie très moche du moteur de ce blog.

Mer est en brume, soleil déforme,
Terre est en brume, vieille difforme,

Mais en réalité mes ailes étaient encore engluées dans le mazout. Il suffit d'être trop confiante pendant un instant pour se faire avoir. Au final, mon état hier soir était pire qu'avant-hier, qui lui même était pire que lundi soir, qui lui-même était pire que dimanche soir, qui lui-même était pire que samedi soir...

Doigts sont changeant en dix corneilles
Poissons sanglants en dix orteils.

J'ai eu le malheur de regarder des vieilles entrées de blog. Mon empathie est toujours on, puissance maximale. Mais ce n'est pas vrai. C'est une illusion. Ce n'est pas de l'empathie. Ce n'est qu'un prétexte. Des informations périmées, certes pas très joyeuses, mais qui n'ont rien à voir avec moi ou avec ce que je connais.

Pigeons de feu sur mer,
Poison de gueux sous mer,
Sept îles et fer en pluie.

Ou bien est-ce que justement ce ne serait pas plutôt exactement ce que je vis en ce moment ? Saut que je n'ai personne à appeler. Mensonge ! Mensonges ! Ce n'est qu'un prétexte, une excuse. Si ça n'avait pas été ces billets, ça aurait été autre chose.

Morte saison sans floraison,
Morte maison, sang, déraison.

J'ai beau m'accrocher, j'ai beau croire que ça s'arrange, ou même que ça peut s'arranger, c'est peine perdue. Je suis juste un supertanker qui sombre lentement mais inéluctablement, en déversant son fiel noir que personne n'apprécie.

Saisons perdues en oraisons,
Moissons perdues sans rébellion.

À quoi bon espérer ? L'espoir n'est qu'une source de déception. Le « sale espoir », comme le disait si bien Jean Anouilh. Je ne vis pas un drame, mais bien une tragédie. Ce n'est pas la peine de se battre, il suffit de laisser les évènements se dérouler tous seuls. C'est plus propre comme ça.

Feuillaison en hiver,
Fenaison en désert,
Grésil de fer en pluie.

C'est comme la discussion de lundi à Eve Online. Il paraît que je me suis « enflammée gratuitement ». Il était même question de publier le texte de la discussion, pour laisser chacun se faire son idée (et je n'ai rien contre).

Discours de feu, discours de veau,
Concours de peu, discours dévots,

Mais qu'est-ce que ça change ? Ce n'est qu'une question d'accélérer ou de ralentir l'inéluctable. Je suis nulle, je suis chiante, je suis asociale, je suis geek. Même si je me battais contre, je ne pourrais pas vaincre ma vraie nature. Alors à quoi bon ? Autant accepter les choses telles qu'elles sont, moi telle que je suis, et toutes les conséquences qui en découlent.

Secours de peu, futiles travaux,
Séjour de feu pour mille chevaux.

Il y a cette fameuse prière des Alcooliques Anonymes : « Mon Dieu, donne-nous la sérénité d'accepter ce que nous ne pouvons pas changer, le courage de changer les choses que nous pouvons, et la sagesse d'en connaître la différence. »

Noire langue des vipères,
Noire lande de colère,
Les vents, les hommes aussi.

Dans mon cas, il n'y a pas besoin de beaucoup de sagesse, c'est facile : on ne peut rien changer. Je n'ai aucune raison d'être aussi mal. J'ai un emploi stable et intéressant, j'ai un toit, j'ai tout le confort matériel que je veux. Et pourtant je vais mal. Il n'y a pas de cause à ça. Il n'y a pas de cause que l'on peut résoudre ou contre laquelle on peut se battre. Il n'y que le malaise, contre lequel on ne peut pas se battre.

Mil malloz ru, chant de l'épée,
Mille noires statues, noirs policiers,

Comme le disait si bien ce personnage de webcomic que je n'ai pas pu retrouver : « Hur... Hurt... won't stop ».

Mille poings tendus, dix poings brisés,
Mille printemps dus pour mille années.

J'avais dit que mes problèmes profonds n'ont pas leur place sur ce blog. Mais à quoi bon se battre ? C'est ça, ma vraie nature. Voici qui je suis. C'est moche, hein ? Et encore, on n'est toujours pas dans la partie immergée de l'iceberg.

Cent mille hommes en colère,
Mille hommes sans la mer,
Sang, larmes et fer en pluie.

Mais je m'en fous. Ça n'a pas d'importance. À quoi bon essayer de maintenir une façade présentable ? Je ne peux pas me battre contre ça. Ça fait tellement partie de ma vie que quelque soit l'épaisseur de la couche de peinture que je mettrai par dessus, ça finira toujours par ressortir au grand jour.

Morte tribu sans héritiers,
Porte tribut, sang à payer.

Il y a ceux qui s'arrêtent à la page d'accueil et qui ne sauront jamais rien, et ceux qui me connaissent un minimum, et à ceux-là je ne pourrai de toute façon pas cacher longtemps qui je suis vraiment. Donc autant tout poser comme ça sur la table.

Soleil fendu, bois condamnés,
Sol est vendu, lois sont damnées.

Au fait, c'est vrai qu'on ne peut pas se faire grand mal avec des ciseaux à papier. Ça fait juste des lignes rouges, un peu en relief.

Au temps que meurt la mer,
Autant se meurt la terre,
Sous peur, sous fer en pluie.

Enfin presque. J'ai réussi à arriver jusqu'au sang. Une fois. Je n'ai pas réussi à reproduire ça aux coups suivants, malgré mes efforts.

Jour de demain, courage ardent,
Jour de Samain, coups, rage aux dents

Sentir le liquide rouge et tiède qui perle comme une libération. La tiédeur de la goutte qui descend lentement le long de la peau comme une caresse. Chaque battement de cœur comme un nouveau soulagement. Chaque goutte expulsée de mon corps comme une partie de mes problèmes expulsée de ma vie.

Seront les veaux perdant sang blanc
Seront les loups perdant sans dents.

La pharmacologie, c'est de la foutaise. Les ciseaux, c'est plus efficace. Le métal l'emporte sur la viande, et sur la chimie aussi. C'est là que je regrette de ne plus avoir à ma disposition quelque chose de plus tranchant que mes ciseaux ou mon épluche-légumes.

Rouge fin, rouge avers,
Rouges poings, rouge guerre
Rouges mains, rouges serres
Rouge festin, rouge chair
Rouge vin, rouge bière
Le feu, la mer aussi.

Paroles : Tri Yann - Le soleil est noir

Publié le jeudi 19 juillet 2007 à 3:50.

Catégories : Moi Noir

Commentaires

1. Le jeudi 19 juillet 2007 à 8:35, par Ness :

Je ne sais pas quoi te dire. J'en suis déjà arrivée là, et je sais que rien de ce qu'on pouvait me dire ne servait à grand-chose. Pire, ça m'énervait, car j'avais l'impression que les gens ne comprenaient rien à ce que je vivais. Les médocs, ça met en tout cas 15 jours à faire effet, mais comme je te l'ai dit, ça ne fait pas tout. L'important, c'est surtout que tu arrives enfin à te dire que tu as bien plus de valeur aux yeux des autres que tu en as à tes propres yeux. Et que tu comptes pour beaucoup de gens. Et que ce serait vraiment dommage que tu disparaisses.
Non, mais ça va pas ? Il y a bien assez de cons sur terre, on ne va quand même pas leur laisser la place, non ?
Tu es quelqu'un de génial, il ne faut pas oublier ça.
Câlin.

2. Le jeudi 19 juillet 2007 à 10:23, par Natacha :

En même temps, je m'énerve toute seule, parce que moi non plus je ne comprends rien à ce que je vis. Sauf que j'ai juste pas la force de m'énerver.

Oui, ce serait probablement dommage que je disparaisse. Oui, je compte probablement pour tout un tas de gens, sauf que quand je les compte sur mes doigts, j'ai encore la main gauche libre pour taper. Mais est-ce vraiment une bonne chose ? J'ai toujours aussi mal, et en fait ça me fait encore plus mal de voir tout le mal que je fais à tous ces gens là. Ma solitude, c'est protéger les autres de moi-même. Peu importe s'ils le méritent ou non.

3. Le jeudi 19 juillet 2007 à 21:26, par Nimue :

Moi je suis tout plein d'accord avec Ness, que je salue bien bas.

Que dire d'autre ? rien de ce que je pourrais dire n'aidera, et je n'ai jamais été dans ce cas, donc je n'ai pas l'expérience non plus. Bref.

Comme la marée noire, ça laisse des traces, et semble sans espoir, mais un jour, il n'y a plus de traces.
En tous cas, tu as mon soutien.

Nimue

PS : Je sais où trouver des couteaux biens affutés, mais je t'en donnerais pas, nananananère. Et puis à quoi bon un couteau quand on habite en haut d'un immeuble ?

4. Le vendredi 20 juillet 2007 à 13:01, par Natacha :

Merci beaucoup pour ton soutien, ça me touche vraiment.

Pour répondre à ta question, désolée pour les âmes sensibles, mais un couteau et un sixième étage n'ont pas le même usage : y en a un qui sert à gérer certains problèmes, tandis que l'autre sert à supprimer définitivement tous les problèmes. Du moins, c'est comme ça que je le vis. D'ailleurs la seule évolution positive des dernières semaines, c'est justement la disparition des idées suicidaires.

Pour compenser cette (relativement) bonne nouvelle, voici la mauvaise nouvelle du jour : le cutter que je dois utiliser pour préparer mes expériences devient de plus en plus tentant. Je n'ai absolument aucune idée de comment je vais gérer ça...

5. Le lundi 23 juillet 2007 à 21:26, par Nimue :

Mes plus plates excuses pour les gens qui ont trouvé mon commentaire déplacé. Ce n'est qu'une maladresse de jeune fille immature et pleine de joie de vivre. Ce qui n'excuse rien, mais explique peut être.
Bref, c'était nul, et j'en ai honte.

Je tacherais de ne pas recommencer.

6. Le mardi 24 juillet 2007 à 19:37, par Ness :

Moi j'avais compris que c'était une sorte d'humour noir, une manière de dédramatiser la situation, mais bon, c'est vrai que ça pouvait être mal interprêté, d'où mes remarques...
Mais bon, ça ne partait pas d'une mauvaise intention, c'est le principal !

Copyright © 2007-2008 Natacha Kerensikova

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