Tout ce vert

Épisode 1 - L'intérieur

Précedemment : les première et deuixème parties de cet épisode.

Troisième partie

Quelques gouttes commencèrent à tomber, et même sans analyses cybernétiques il était facile de deviner que ça allait très vite devenir très méchant. Les mercenaires tendirent à la hâte une bâche entre les arbres.

La pluie faisait un vacarme terrible sur la bâche. Il n'y avait pratiquement pas de vent, pourtant on pouvait entendre des branches craquer à proximité de cet abri de fortune. Sans doute à cause de la bâche qui tirait sur les arbres. Ou alors...

Ces craquements donnaient quand même l'impression d'être localisés, comme si quelque chose se déplaçait, tournait autour de l'abri, les surveillait, cherchait le meilleur angle d'attaque, attendait le moment opportun pour frapper...

Helena sentait bien la tension des hommes, qui jouaient nerveusement avec leurs armes automatiques chargées et vérifiées. L'ombre du quelque chose qui avait pris la vie de leurs camarades. Ce quelque chose qui en avait même fait tomber un presque sous leurs yeux.

L'étrange sensation d'être épié, surveillé, analysé. Même Helena la ressentait. Même elle, pourtant de l'« autre camp », ressentait ce malaise oppressant. Qu'ils attaquent, et qu'on en finisse !

Mais l'attaque tardait. Mercenaires et otages usaient leurs nerfs, à essayer de trouver un indice de cette épée de Damocles invisible au de leur tête. Mais l'épée ne tombait pas, l'ennemi n'attaquait pas, rien ne se passait. Et la tension ne faisait qu'augmenter.

Au moment où un des coins de la bâche lâcha, une demi-douzaine d'armes automatiques firent feu vers l'arbre où elle était accrochée, mais cela ne servit qu'à trouer la bâche.

Quelques secondes plus tard, le coin à côté céda à son tour, et la bâche s'écrasa contre les mercenaires en première ligne pendant que le groupe faisait, en bloc, un pas en arrière.

Une fois la confusion passée, le chef et le russe prirent chacun un coin de la bâche pour aller la refixer. Pendant ce temps, les hommes debout aidaient ceux à terre à se relever.

Mais il y avait toujours quelque chose qui ne collait pas. Helena fut la première à remarquer la teinte des flaques de boue, un peu trop carmin. Elle suivi des yeux le mini-ruisseau jusqu'à ce que son regard arrive sur le corps d'un des tireurs d'élite, couché à côté de l'abre qui supportait le coin de la bâche.

— Shark est tombé !

Le cri, aussi incrédule que rageur, gela tous les autres mercenaires sur place. Le chef et le russe reprirent avec encore plus de hâte la fixation de la bâche, pendant que le medtech allait vérifier ce qui était évident pour tout le monde : même modus operandi, gorge tranchée avec une précision chirurgicale et puce biométrique piratée. Les mercenaires firent un pas en direction du corps.

Il esssayent de discerner le tueur, ou au moins une trace du tueur, mais c'était peine perdue. La densité de la pluie limitait la visibilité à quelques mètres. Ils avaient beau scruter les buissons et les hachures verticales de la pluie, ils ne voyaient rien bouger. Et le silence lourd n'était rempli que de la pluie qui tambourinait sur la bâche, il ne semblait plus y avoir la moindre branche cassée.

Le sniper survivant craqua, et vida la moitié de son chargeur contre un buisson, avant de le terminer en arrosant toute la largeur du chemin.

Et juste au moment où le fusil d'assaut du tireur d'élite se tut, quelque chose tomba dans une flaque d'eau de l'autre côté. Tout le monde se tourna encore une fois, pour constater que ce quelque chose n'était pas leur ennemi, mais le corps inanimé du japonais.

Helena, et manifestement la moitié des mercenaires restants, avaient vraiment l'impression d'avoir vu quelque chose bouger derrière ce corps qui tombait. Ça ne ressemblait pas vraiment à un être humain. Mais ça ne ressemblait pas vraiment à une chose non plus. En fait il n'y avait pas vraiment de contour net. On aurait plutôt dit un halo, ou une déformation des hachures de la pluie. En tout cas, les hommes avaient envoyé des balles dans la direction générale de cette étrangeté optique, mais ce ne fut qu'un coup d'épée dans l'eau.

— Les gars, on se fait posséder. Groupez les prisionniers au milieu, je veux tout le monde dos aux prisonniers, et aucun angle mort. Pas d'excuse, quoi qu'il arrive, chacun regarde dans sa direction et me transforme en steak haché tout ce qui arrive de son côté. C'est clair ?

La pluie était toujours aussi dense et aussi bruyante sur la bâche. Les craquements de branches avaient repris. Quelque chose rôdait par là. Quelque chose qui les tuait un par un, sans qu'ils puissent même se défendre ou contre-attaquer.

Les mercenaires avaient tous la tête rivée droit devant eux, en scannant probablement des yeux l'angle qui leur était attribué. Helena avait plus le liberté dans le regard, mais elle ne voyaiet rien d'autre que des mercenaires, des arbres et de la pluie.

L'attente. Encore l'attente. Toujours l'attente. Attendre qu'un autre d'entre eux se fasse avoir sans avoir rien pu faire. Le sentiment d'impuissance. Les branches qui craquaient pour leur rappeler qu'ils n'étaient pas seuls, et que le moindre instant d'inattention le serait fatal. Comment gérer un ennemi que l'on ne peut ni voir, ni comprendre, ni anticiper ?

Les craquements de branches se firent plus proches. Ils prenaient aussi de l'altitude. Ils devenaient très proches, certains provenaient peut-être d'un arbre qui supportait la bâche. Plus haut, au dessus de leur tête.

L'ennemi allait frapper par en haut. Tous les angles horizontaux étaient couverts, donc ça ne frapperait pas par là. Par contre il y avait une faille béante par le haut, juste à la verticale des otages.

C'était tellement facile que ç'en était louche. L'ennemi avait déjà montré qu'il pouvait se déplacer dans un silence absolu, donc ces craquements étaient sans doute des leurres. Des leurres bien pensés d'ailleurs, vu qu'ils étaient orientés vers leur faiblesse évidente. À présent l'attention des hommes était peut-être plus tournée vers la bâche que vers le sol. Helena admirait cette subtilité stratégique, si tristement absente de ce qu'elle avait vu de son armée.

Un craquement un peu plus fort juste à la verticale des otages, peut-être une demi douzaine de mètres au dessus d'eux. Tous les hommes qui s'attendent à ce que l'ennemi leur tombe littéralement dessus, mais qui n'arrivent pas à se défaire de l'hypothèse du leurre.

Aucun bruit. Encore l'attente crispée. Mais rien ne vennait. Rien ne bougeait au sol non plus. Rien ne semblait bouger dans les arbres, du moins à en juger par l'absence de craquements. Même pas de froissement de feuilles, mais peut-être étaient-ils couverts par la pluie qui battait la bâche.

Du temps passa. Toujours rien. Beaucoup de temps passait. Aucun bruit. Il passa ce qui semblait être une éternité dans cette attente fébrile. Toujours aucun indice de l'ennemi inconnu.

Et d'un coup, la bâche tomba sur le groupe, comme si les quatre coins avaient cédé d'un coup, en même temps.

À suivre...

Publié le mercredi 4 juillet 2007 à 9:23.

Catégorie : Histoires

Commentaires

1. Le mercredi 4 juillet 2007 à 13:49, par Nimue :

D'un coup, en meme temps ?!
Vraiment pas doués les mecs qui accrochent les baches...
Comment ça je fais fausse route ? :D

2. Le mercredi 4 juillet 2007 à 14:47, par Natacha :

C'est clair. Et t'as vu la quantité de balles qu'ils tirent, par rapport au nombre qui atteignent une cible ? Heureusement que je leur ai donné les otages dès le début, sinon je ne sais pas comment ils auraient fait pour les avoir, cette bande de bras-cassés :-p

3. Le mercredi 4 juillet 2007 à 16:45, par Nimue :

En plus, elle pourrait se barrer comme elle veut Helena, elle est bien gentille de rester avec des nains pareil.
C'est nain-croyable

(Désolée, humour pourri)

4. Le mardi 24 juillet 2007 à 13:57, par K :

Je viens de lire les 3 parties et j'attends la suite avec impatience.

5. Le mardi 24 juillet 2007 à 14:05, par Natacha :

Merci beaucoup, K. J'espère aussi que la suite sortira bientôt, elle est déjà prête dans ma tête, c'est juste une question de vaincre la dépression pour se mettre devant l'éditeur de texte et la rédiger.

Copyright © 2007-2008 Natacha Kerensikova

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