Tout ce vert

Épisode 1 - L'intérieur

Précedemment : les première, deuixème et troisième parties de cet épisode.

Note de l'auteur : « Faut qu'ça sorte parce que sinon, ça moisit et c'est pas bon pour c'que j'ai ! »

Quatrième partie

Du temps passa. Toujours rien. Beaucoup de temps passait. Aucun bruit. Il passa ce qui semblait être une éternité dans cette attente fébrile. Toujours aucun indice de l'ennemi inconnu.

Et d'un coup, la bâche tomba sur le groupe, comme si les quatre coins avaient cédé en même temps.

Les armes automatiques expédièrent des dizaines de balles au travers de la bâche pendant qu'elle tombait. Les mercernaires étaient tellement à bout de nerfs qu'ils en oubliaient le bon sens, et ils se retrouvèrent empêtrés dans la bâche sans vraiment s'y attendre.

Lorsqu'ils parvinrent à se dégager maladroitement, le premier réflexe des mercenaires était de scruter la jungle au travers de l'épais rideau de pluie, à la recherche d'un indice de leur ennemi. Les otages étaient plus focalisés sur eux-mêmes, et cette pluie glacée qui trempaient leur vêtements.

Toujours rien. Aucun bruit en dehors de la pluie sur les feuilles. Aucun mouvement en dehors de la chute des gouttes d'eau. Il leur fallut plusieurs dizaines de secondes pour abandonner et s'intéresser à leur groupe.

À leur grande surprise, l'ennemi n'avait pas frappé. Ils auraient pourtant été une proie facile pendant que la bâche les avait aveuglés et immobilisés.

Cependant ils n'avaient pas la tête aux énigmes, et leur esprit retourna vite à l'attente anxieuse de la prochaine attaque de leur ennemi invisible et mortel.

Du temps passa. Beaucoup de temps passa. La pluie ne faisait pas de distinction entre guerriers et otages, tout le monde était trempé jusqu'aux os.

La pluie s'arrêta progressivement. Toujours aucun signe de leur adversaire. Comme s'il s'était envolé. Comme d'habitude. Ils usaient leurs nerfs, et c'était exactement ça qu'il voulait.

— Putain, on s'est bien fait niquer, soupira le chef en se relâchant. C'est pas la peine d'attendre, on n'aura pas d'assaut frontal, que des coups de pute quand on regarde ailleurs. Tiger et Sato, faites ce que vous pouvez pour Shark, et planquez la bâche avec, on ne pourra plus rien en faire. Les autres, on regarde pas ailleurs.

L'attente était beaucoup moins nerveuse que pas si longtemps avant. Les nuages semblaient momentanément dissipés, aussi bien réellement que métaphoriquement. L'inquiétude d'une attaque avait laissé la place à la pénible sensation de froid.

— Heu... chef ? y a un truc sur la bâche... on dirait qu'elle a été coupée... balbutia le tireur d'élite.

— Personne a sorti un couteau ici ? demanda le chef sans réfléchir.

— Ça fait des lettres... Ahf... Ahfenob ? tenta le tireur.

— C'est quoi encore ce bordel !? soupira le chef.

— Niet, Ангелов. C'est nom de famille.

— Merci Alex, mais je ne t'ai pas demandé de quitter ton poste. Si on s'attroupe tous là autour on va encore se faire avoir. C'est qui ce type ? Pourquoi y a son nom sur notre bâche ?

— En tout cas la bâche n'était pas abîmée lorsqu'on s'abrittait en dessous, et on n'a pas sorti de couteau de notre côté... commenta l'électronicien.

— Bon, Tiger et Sato, finissez ça, pas le temps de jouer aux devinettes, faut qu'on trouve un camp avec du combustible.

Pendant que les deux hommes finissaient de s'occuper du corps, Helena se creusait la tête sur ce nom. C'était plutôt inquiétant, parce que laisser une signature ou un message comme ça, ça fait plus psychopathe qu'équipe de secours. Elle ne se souvenait pas d'évasion récente dans son pays, du moins pas de cyberpsycho' qui puisse tenir tête comme ça à un groupe de mercenaires.

Après s'être occupé le plus décemment possible de leur camarade tombé, les mercenaires se remirent en route avec les otages.

La précaution ne semble plus être vraiment de mise. Ils avançaient plutôt rapidement, en formation serrée, et en ligne droite. Tant pis pour les embuscades, leur prudence passée n'avait pas l'air d'avoir arrêté leur ennemi invisible. Ils n'avaient qu'une envie, retrouver la chaleur d'un feu et se sécher.

Ils finirent par atteindre le camp où ils allaient passer la nuit, sans avoir fait de mauvaise rencontre. Le camp était en bon état, avec du combustible sec et des vivres.

La chaleur réconfortante du feu n'était manifestement pas suffisante pour effacer le climat d'anxiété qui régnait parmi les mercenaires. Ils avaient vu disparaître cinq de leur camarades en trois jours. Et maintenant arrivait la nuit, avec les tours de garde.

Les tours de garde, dont le dernier semblait toujours mal se finir. Que s'était-il passé, pendant ces heures les plus froides de la nuit ? Qu'allait-il encore se passer cette nuit ? Combien parmi eux verraient encore une fois le soleil se lever ?

Mais ils n'étaient pas encore résignés. Ils avaient encore la volonté de se battre. L'électronicien était parti avec le japonais pour miner les environs du camp. Le medtech reprogrammait les interfaces cybernétiques avec un système personnel ; peu importe s'il y a plus de failles, il suffit qu'elles ne soient pas au même endroit pour avoir le temps de réagir face à un 0-day. Le tireur d'élite vérifiait et recalibrait toutes les armes. Le russe et la japonaises réorganisaient le camp de manière plus stratégique. Et le chef surveillait les otages en préparant l'itinéraire du lendemain.

Tout les préparatifs étaient finis juste avant la tombée de la nuit. Alors se posa l'épineuse question des tours de garde. Évidemment, personne n'était vraiment motivé pour faire le dernier tour, même si l'ennemi était du genre à s'en prendre aussi à quelqu'un d'endormi.

Mais la question la plus problématique était combien de personnes avec quelles heures. C'était bien joli de viser quatre sentinelles sur trois tours de garde, mais lorsqu'on à sept c'est tout de suite plus difficile. D'un autre côté, le faits ont déjà montré que deux sentinelles ne suffisaient pas.

Après de grandes discussions stratégiques sur le temps de garde par rapport à la vigilence, il fut décidé de mettre trois sentinelles, ou comme le disait le tireur d'élite en rigolant, « deux et demie » : le chef ne dormirait pas, et les autres tourneraient en trois fois. Appremment le chef était celui qui avait le plus d'expérience dans les situations extrêmes, notamment de privation de sommeil. Les groupes furent tirés au sort, d'abord le russe et le tireur d'élite, puis l'électronicien et le japonais, et enfin le medtech avec la japonaise.

Après un repas nourrissant mais toujours aussi dégoûtant, les otages et les mercenaires qui n'étaient pas de garde allèrent dormir.

Comme d'habitude, Helena s'endormit facilement. Contrairement à d'habitude, elle se réveilla pendant la nuit, vers 2h30. Quelque chose était en train de se passer. Quelque chose de silencieux. Quelque chose d'inquiétant. Quelque chose de mortel.

À suivre...

Publié le jeudi 17 janvier 2008 à 4:15.

Dernière modification le jeudi 17 janvier 2008 à 6:29.

Catégorie : Histoires

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