Tout ce vert

Épisode 1 - L'intérieur

Précedemment : les première, deuixème, troisième et quatrième parties de cet épisode.

Cinquième partie

Après un repas nourrissant mais toujours aussi dégoûtant, les otages et les mercenaires qui n'étaient pas de garde allèrent dormir.

Comme d'habitude, Helena s'endormit facilement. Contrairement à d'habitude, elle se réveilla pendant la nuit, vers 2h30. Quelque chose était en train de se passer. Quelque chose de silencieux. Quelque chose d'inquiétant. Quelque chose de mortel.

Elle avait les yeux grands ouverts. Elle cherchait quelque chose d'anormal. Quelque chose de tangible à mettre sur cette désagréable intuition. Mais elle n'arrivait à trouver ce qui était anormal. Ses trois compagnons d'infortune dormaient encore paisiblement. De temps en temps un vent léger bousculait l'entrée de la tente. Dehors les mercenaires discutaient autour du feu de camp.

Non, il n'y avait rien. Et c'était d'autant plus engoissant qu'elle sentait très clairement qu'il y avait quelque chose. L'électronicien et le chef, qui parlaient des derniers « jouets » de combat ultra-sophistiqués, ne semblaient pas vraiment s'inquiéter. C'était pourtant si évident qu'il y avait quelque chose de terrible en train de se produire !

Helena renonça. Ça devait être son imagination. Elle essaya de se calmer. En vain. Quelque chose dans son esprit agissait comme une sirène avec un gros gyrophare rouge, en train de sonner l'alerte maximale. Comment dormir en pleine alerte ?

Son esprit devait reprendre le dessus. Il fallait dormir. Au matin ils iraient sans doute le plus vite possible vers l'ouest. Et il ne faut surtout pas retarder des hommes qui ont peur. 3h11, mais le sommeil ne revenait toujours pas.

Elle luttait encore contre le sommeil à 3h48, lorsque les choses commencèrent à vraiment mal tourner. Ça commença par une explosion du côté de l'entrée de la tente, peut-être à quelques dizaines de mètres du camp.

— Bingo ! lâcha triomphalement le technicien.

Le chef ordonna au japonais d'aller réveiller les autres, pendant que l'électronicien et lui allaient se mettre en position pour recevoir leur « invité ».

Puis il y eut une autre explosion, à gauche, et plus loin du camp. Le chef commença un juron obsène, mais il fut interrompue par une autre explosion, à droite, relativement proche.

— Bordel, ils sont combien ces enculés ? grommela le chef en passant à côté de la tente des otages.

Le voisin d'Helena dormait encore tranquillement, et les autres otages l'enviaient. Ils auraient aussi voulu dormir, ils subissaient déjà assez les conséquences de se combat qui ne le concernait pas.

— Putain mais vous foutez quoi ? jura la voix lointaine du chef.

— Umiko ne se réveille pas. Elle est vivante, mais son cyber-système est sens dessus-dessous, diagnostiqua le medtech.

— Et vous n'avez pas réveillé les autres !? Sato, en position, le Doc' fera ce qu'il peut pour elle. En position, bordel !

Il y eut ensuite un moment de silence, meublé seulement par le bruit des hommes qui couraient dans le camp. Pas d'explosion, pas de coup de feu. Helena imaginait l'attente pénible de l'ennemi invisible qui ne veut pas se montré, comme c'était arrivé si souvent ces derniers jours.

— Y en a marre, ils jouent avec nous ! Plan B ! Doc', ramène-la ici. Ben, lance le générateur. Ben ? Ben !

Aucune réponse. Aucun bruit, en dehors du bruissement des feuilles les plus hautes.

— Bordel de merde, on a perdu Ben. Alex, occupe-toi du générateur.

Quelques instants plus tard, le vrombissement du groupe électrogène remplissait le camp et la jungle avoisinante. Trois ou quatre puissants projecteurs éclairaient une zone proche du feu et de l'entrée de la tente des otages.

— Qu'ils y viennent, maintenant... grogna le chef.

Évidemment, ils ne vennaient pas. Ils ne viendraient pas, ce n'était pas leur genre. Mais les mercenaires le savaient aussi, le but était sans doute de limiter les pertes.

— Alors Doc', ça avance, demanda le japonais avec inquiétude

— J'y comprends rien... c'est comme si une partie du cyber-système était bloqué, mais sans que le reste ne s'en rende compte.

— On peut la sauver ?

— Oui, sans doute, ses fonctions vitales ne sont pas atteintes. Il suffit juste de débloquer le cyber-contrôleur et elle se réveillera.

— Faites le !

— Je ne sais pas si j'y arriverai ici, je n'ai pas beaucoup de matériel... mais si on la ramène à la base, je pourrai le faire, j'en suis sûr.

— Merci beaucoup.

Après un moment de silence, les conversations classique de militaires reprirent, et Helena repartit à la recherche du sommeil, qu'elle trouva assez rapidement.

— Debout là ded... oh merde !

D'instinct, Helena suivit le regard du chef. Elle sursauta en se rendant compte que son voisin avait été égorgé pendant la nuit.

— Sortez immédiatement ! gueula le chef en jetant les otages hors de la tente, l'un après l'autre. Tiger, Alex, fouillez-moi correctement ceux-là, l'autre a été égorgé. Sato, couvre-les !

Helena avait encore mal au bras, et subissait à présent une fouille plus que gênante. Elle se laissa cependant faire, tenter quoi que ce soit ne ferait qu'empirer la situation, ces hommes étaient déjà à bout.

— Négatif, chef. Les otages n'ont rien de métallique ni de tranchant sur eux.

— Évidemment... Doc', jette un œil sur les cybernétiques du mort. Est-ce qu'il avait une puce biométrique, et qu'est-ce qu'elle indique.

— Roger... Houlà, un filtre NeutralTech, type W. C'est du matériel militaire. Et il est bien protégé en plus, je ne peux rien faire sans le net ou du meilleur matos. Les systèmes comme ça sont censés s'autodétruire à la mort du porteur, donc je parie que la puce biométrique a été piratée comme les autres.

— Nos ennemis sont aussi leurs ennemis... Une bande de psychopathes qui jouent dans la jungle, on avait vraiment pas besoin de ça... Doc', je veux tout ce que tu peux sortir de ce cadavre et de ses cybernétiques. Alex, essaye de faire un brancard pour Umiko, et garde les otages à l'œil, on ne sait jamais. Sato et Tiger, on va récupérer les mines et essayer de trouver Ben. On se retrouve dans deux heures.

Les hommes se dispersèrent dans leurs activités respectives. Ils s'arrêtèrent net quelques dizaines de secondes plus tard. Ils l'avaient tous entendu. Un craquement. Un craquement d'une grosse branche.

Et alors qu'ils tendaient tous l'oreille, un craquement encore plus gros retentit, suivi du craquement de plein d'autres branchettes qui n'arrivaient pas arrêter la chute de quelque chose de gros. L'explosion qui suivit inqua que ce quelque chose était tombé sur une mine.

À suivre...

Copyright © 2007-2008 Natacha Kerensikova